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AOP, IGP et Produit de montagne: Les labels officiels n’échappent pas à la fraude
Un restaurateur qui met à sa carte de « l’agneau de l’Aveyron » n’ayant jamais brouté l’herbe des Causses, mais juste été abattu dans le département… et par conséquent ne bénéficiant pas de l’IGP (Indication géographique protégée) éponyme ; des coppa abusivement étiquetées « coppa di Parma » alors qu’elles ne respectent pas le cahier des charges de cette IGP italienne ; des viennoiseries étiquetées AOP au prétexte que le beurre utilisé pour leur fabrication bénéficie du label officiel (Beurre Charentes-Poitou)… Voilà un petit florilège des fraudes et autres pratiques de nature à tromper les consommateurs relevées lors des plans de contrôle des labels européens (AOP, IGP, STG…) menés en 2016 et 2017 par la Répression des fraudes (DGCCRF). Avec plus de 25 % de non-conformités dans les produits contrôlés, ces résultats alarmants ont de quoi ébranler la confiance des consommateurs dans un système pourtant censé leur garantir qualité et authenticité.

Cabécou de Rocamadour et Rocamadour des Cabécous

Les opérateurs peu scrupuleux repoussent chaque année un peu plus loin les limites de la fraude. Par exemple, certains n’hésitent plus à arborer sur leurs étiquettes les précieux logos AOP ou IGP sans en avoir l’habilitation. Entre autres, un producteur commercialisait ses fromages sous l’AOP Cantal « malgré le retrait de son habilitation par l’Inao [Institut national de l'origine et de la qualité] et plusieurs avertissements de nos services », précise le rapport de la DGCCRF. Autres pratiques courantes : les dénominations fantaisistes telles que « Cabécou de Rocamadour » et « Rocamadour des Cabécous » sont aussi fréquentes, « ce qui entraîne l’existence d’une certaine confusion entre le fromage Cabécou qui ne bénéficie d’aucun signe de qualité et les fromages bénéficiant de l’AOP Rocamadour », remarquent les enquêteurs.

Plus grave encore, le respect des cahiers des charges, pierre angulaire des signes officiels de qualité, se révèle parfois à géométrie variable de la part des acteurs des filières eux-mêmes. Un comble alors qu’ils ont participé à l’élaboration de ces documents contractuels, censés les protéger des contrefaçons ! Ainsi l’obligation d’utiliser du lait cru, spécifiée en toutes lettres dans le cahier des charges et garante de la typicité de leur fromage, n’est pas toujours respectée par les producteurs de Rigotte de Condrieu, note le rapport. Autre cas litigieux relevé par le plan de contrôle : des olives noires de Nice AOP dont la composition de la saumure ainsi que les lieux de production et transformation n’étaient pas conformes à leur cahier des charges.

Des fraudeurs jamais à court d’idées

La traçabilité, elle aussi, laisse parfois à désirer, les opérateurs intermédiaires n’étant pas toujours en mesure de produire les éléments leur permettant de justifier la conformité de leurs produits au cahier des charges et leur origine (référence à l’AOP/IGP sur les factures, formalisation des autocontrôles, etc.) lors des contrôles. Des enquêteurs ont ainsi rédigé un constat de non-conformité à l’encontre d’un magasin de produits biologiques qui n’avait pas pu justifier l’origine bio des noix de Grenoble présentées en rayon.

Enfin, les contrôles ont montré que la nouvelle mention européenne « Produit de montagne » n’a pas réussi à séduire les professionnels, en raison des exigences réglementaires liées à cette dénomination. « Ils semblent dorénavant privilégier d’autres indications géographiques tout aussi valorisantes, telles que Pyrénées, Ariège, Cantal, Auvergne, etc. », notent les enquêteurs. Ce qui ne décourage pas pour autant les fraudeurs. Par exemple, un magasin spécialisé en miel n’a pas pu justifier l’origine du miel qu’il commercialisait sous l’appellation « montagne ».

Face à cette avalanche d’infractions, les manquements aux règles formelles d’étiquetage pour les produits bénéficiant à juste titre d’un signe de qualité peuvent sembler plus véniels (non-affichage du logo européen sur des produits AOP/IGP, non-respect de sa couleur et de sa taille, mention AOC au lieu de l’AOP, etc.). Reste que ces non-conformités mineures entraînent à leur tour un risque de confusion pour les consommateurs souvent perdus dans la jungle des labels existants.
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Florence Humbert


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Poulet chloré et bœuf aux hormones: Bientôt au menu des consommateurs européens ?
Faisons un peu d’Histoire. 1980 et le veau aux hormones, combat emblématique de l’UFC-Que Choisir qui, après le lancement du boycott provoquant la chute de la consommation, amène l’Europe à interdire les hormones dans la viande ; je passe sur le scandale sanitaire de la vache folle qui se déclenche en 1996, et à l’occasion de laquelle nous exigeons et obtenons notamment, avec l’interdiction des farines animales, la traçabilité et davantage d’information ; début des années 2000, nous contribuons au sein de la Commission Coppens à l’affirmation du principe de précaution qui sera dans la Charte de l’environnement. Alors, va-t-on détricoter toutes ces avancées d’intérêt général ? Contrairement à l’Union européenne, les États-Unis n’appliquent pas le principe de précaution et sont revenus à la charge pour l’écarter, purement et simplement, au nom de la liberté de commerce. L’administration Trump cherche à lever les interdictions, y compris pour le poulet chloré. Si l’on accepte l’importation dans ces conditions, les consommateurs européens courront un risque sanitaire. L’Union européenne impose en effet que chaque étape de transformation alimentaire maintienne le plus haut niveau d’hygiène. Or, il se trouve que ce n’est pas le cas dans le reste du monde : c’est seulement à la fin du processus qu’est mise en place une procédure de désinfection qui consiste à enlever la contamination de la carcasse en la « trempouillant » dans une solution de javel à l’efficacité non démontrée…

Craignons en outre l’effet domino : si l’on accepte des produits avec des standards hygiéniques moins élevés et moins coûteux, cela marquera le début de la capitulation. Il s’agit là d’un véritable cheval de Troie, car on ne pourra plus attendre le même niveau d’exigence de nos propres producteurs qui plaideront la concurrence déloyale. Cela signifierait donc l’abandon de la philosophie sanitaire patiemment construite au niveau européen.

Je m’étonne de l’absence de réactions du gouvernement français alors même que les risques sont très clairs pour les consommateurs mais aussi les producteurs français et européens. Ce silence m’inquiète d’autant plus qu’il intervient dans la continuité de l’application provisoire du CETA, accord de libre-échange à hauts risques, sanitaires et environnementaux, savamment maintenue de manière indéfinie par le gouvernement, qui n’a toujours pas inscrit le texte de ratification (adopté in extremis à l’été à l’Assemblée) à l’ordre du jour du Sénat… Il est hors de question d’accepter que des intérêts, strictement commerciaux, prennent le pas sur l’exigence politique des citoyens soucieux de la préservation d’un cadre normatif propre à leur donner confiance dans ce qu’on leur propose de manger.
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Alain Bazot


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Agriculture bio: Un pilotage pas Ă  la hauteur des enjeux
Si les ménages sont prêts à mettre la main au porte-monnaie pour des produits bio, il n’en va pas de même de l’État. Dans un rapport de presque 300 pages, présenté le 5 février, les sénateurs Vincent Eblé, Alain Houpert et Yannick Botrel fustigent le « désengagement de l’État, malgré une communication offensive » qui tient selon eux du « marketing politique ».

D’ores et déjà, les sénateurs prédisent que le plan « Ambition Bio 2022 », annoncé en 2018 par l’ex-ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, ne sera pas atteint. Avec, à mi-parcours, à peine plus de 8 % des surfaces agricoles et 3 % des volumes de la restauration collective en bio, on est loin de l’objectif de 15 % des surfaces et 20 % de la restauration. Les sénateurs tablent sur 2026 au mieux, à condition de mettre le paquet. Ce qui, à ce jour, semble mal engagé, au vu des nombreuses failles qu’ils relèvent.

Face à la plus grande fragilité des fermes en bio (contraintes techniques, sensibilité aux accidents climatiques et aux problèmes sanitaires sur cultures et animaux, rendements moindres…), les soutiens aux agriculteurs ne sont pas à la hauteur. Sans compter les dysfonctionnements récurrents dans le versement des aides, entre erreurs de calcul, modification des montants en cours de conversion et retards de paiement sur plusieurs années. Pour Alain Houpert, il s’agit d’une vraie « filouterie » de la part de l’État.

Le rapport tacle aussi l’encadrement même de la filière bio, qu’il s’agisse de la « marginalisation » du ministère de l’Agriculture, du « manque de rigueur » de l’Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) ou des « missions hétéroclites » de l’Agence Bio… Sans compter des contrôles insuffisants de la part de la Répression des fraudes, faute de moyens, un constat que nous partagions il y a quelques mois. Même l’appui technique part à vau-l’eau : l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab) a été placé en redressement judiciaire en juillet 2019 !

Alors qu’il faudrait booster les conversions pour rattraper le retard, ce rapport laisse, à l’inverse, planer une vive inquiétude sur la capacité future du bio à se développer, voire même à se maintenir, faute de volonté politique.

Lire aussi:
Alimentation bio • Ne perdre ni son âme… ni les clients !
UFC Que Choisir en ligne
Elsa Casalegno


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Dioxyde de titane: La logique de marché prime sur la santé publique
Cette dernière, estimant que les données scientifiques sur les risques sont insuffisantes, entend annuler la mesure française. L’incertitude bénéficie à l’industrie, pas aux consommateurs… Mais où est passé le principe de précaution ?

Nous allons donc continuer à être exposés à cet additif contenu dans les aliments, alors qu’il est jugé « cancérogène possible pour l’homme » par le Centre International de Recherche contre le Cancer.

Sans parler des cosmétiques et des médicaments où il est présent et donc ingéré tout pareillement. Qu’est-ce qui doit primer : le marché unique, fût-il morbide, ou la santé et l’environnement des européens ? Et dire que la Commission avait promis une nouvelle donne pour les consommateurs et l’environnement !
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Alain Bazot


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Aliments destinés aux enfants Contre la malbouffe, le Nutri-Score s’impose !
Afin de faire la lumière sur les caractéristiques nutritionnelles des aliments industriels couramment donnés aux enfants et alors que 82 % des consommateurs n’arrivent pas à lire le complexe tableau d’analyse nutritionnelle obligatoire(4), l’UFC-Que Choisir a calculé le Nutri-Score pour une trentaine d’aliments et boissons de grandes marques parmi les plus vendus qui - à l’exception d’un seul produit(5) - ne l’affichent pas sur leur emballage. Les résultats de cet examen sont déplorables.


Céréales pour enfants : le faux-ami du petit déjeuner

Pour le petit déjeuner, à l’exception notable des céréales « Nesquik au blé complet » de Nestlé (notée Nutri-Score « B » vert clair), les produits phares que propose l’industrie alimentaire pour le goûter se révèlent trop caloriques. Les céréales « Chocapic » et « Lion » de Nestlé et « Coco Pops » de Kellogg’s sont ainsi notées « C ». La majorité des produits du petit déjeuner (biscuits pour petit déjeuner Prince de LU-Mondelez, céréales Frosties et Trésor de Kellogg’s) écope d’un « D », soit le même score qu’un croissant au beurre. Mais ce sont les « BN p’tit dèj » qui reçoivent la plus mauvaise note avec un Nutri-Score « E » équivalent à celui des gaufres fourrées au sucre !


Nutri-Score pour 9 produits du petit déjeuner destinés aux enfants

Un goûter équilibré, c’est mission quasi impossible !

Proposer un quatre heures équilibré aux enfants semble être inatteignable avec des aliments industriels. Certes les compotes « St Mamet » et « Pom’potes » sont classées Nutri-Score « A » et sont à ce titre les produits ayant la meilleure qualité nutritionnelle de notre échantillon. Mais si l’on cherche des aliments plus consistants pour « caler » les enfants, aucun produit de notre échantillon n’est à recommander pour une consommation quotidienne. Le score « D » est ainsi attribué au gâteau « Lulu l’ourson au chocolat », aux biscuits « Prince » de Lu-Mondelez, au gâteau « Savane au chocolat » de Brossard, ainsi qu’aux barres céréalières « Chocapic » et « Nesquik » de Nestlé. Les « bonnets d’âne » sont décernés aux crêpes fourrées au chocolat « Whaou », aux barres « Prince », aux « Dinosaurus » de Lotus, aux « Pépitos pockitos » au chocolat de Lu-Mondelez qui reçoivent un « E ». Les Pépitos se révèlent particulièrement caloriques car le sucre et les matières grasses représentent deux tiers de leur poids !


Nutri-Score pour 11 goûters destinés aux enfants

Boissons pour enfants : le Nutri-Score démystifie le « fruit-washing »

Dans notre échantillon, seules les bouteilles de Vittel (Nestlé) à destination des enfants récoltent un Nutri-Score « A ». En revanche, toutes les autres boissons de notre échantillon se révèlent mal classées sur le plan nutritionnel du fait de leurs teneurs élevées en sucre. « Fruit shoot tropical », « Fruit shoot fruits rouges » de Teisseire et « Heroic Kids framboise cassis » sont ainsi classés « D ». S’agissant plus particulièrement « d’Oasis » et « Capri-Sun », on doit dénoncer l’instrumentalisation de l’image des fruits sur les emballages. Alors que le véritable jus d’orange est étiqueté « C », ces boissons sucrées n’incorporent que 12 % de jus d’orange ou d’agrumes et écopent du Nutri-Score « E » en raison de l’ajout de sucre.

Les laits aromatisés quant à eux constituent un cas particulier : ils sont souvent donnés par les parents pour désaltérer les enfants, mais les nutritionnistes considèrent qu’il s’agit plutôt d’aliments et non pas de boisson. A ce titre, les donner en plus d’autres aliments, c’est un peu « double ration ».


Nutri-Score pour 10 boissons destinées aux enfants

Si notre étude démontre qu’à rebours des recommandations officielles, trop d’industriels continuent à saturer leurs produits de sucres et de matières grasses, elle souligne aussi que le Nutri-Score permet de faire comprendre en un clin d’œil leur mauvaise qualité nutritionnelle. Cet étiquetage n’étant qu’optionnel en raison d’une législation européenne, l’UFC-Que Choisir a lancé en mai une initiative citoyenne européenne pour obliger les instances européennes à rendre l'affichage du Nutri-Score obligatoire dans toute l'Union. Cette initiative lancée par l’UFC-Que Choisir au côté de 6 associations de consommateurs de six pays européens, a reçu le soutien de nombreux nutritionnistes, de sociétés savantes et de 15 ONG. L'enjeu est de taille puisqu'il s'agit à la fois de permettre un choix éclairé aux parents et d’inciter les industriels à améliorer leurs recettes. l’UFC-Que Choisir invite donc les consommateurs à rejoindre les 80 000 citoyens engagés qui ont déjà « voté » pour le Nutri-Score, en signant la pétition www.pronutriscore.org (6).

Notes:

1 -Source : estimation UFC-Que Choisir pour les références les plus couramment trouvées dans les grandes surfaces à partir des données de l’Oqali (« Déploiement du Nutri-Score : analyse à partir des données transmises à l’Oqali » – Observatoire de la Qualité des Aliments Septembre 2019).
2 -Les données nutritionnelles sont celles publiées par les fabricants sur leurs sites Internet ou disponibles sur les sites drives de grandes enseignes de la distribution. Le Nutri-Score est calculé sur le tableur officiel du Nutri-Score disponible sur le site de Santé Publique France.
3 -13 % d’enfants (de 6 à 17 ans) sont en surpoids et 4 % sont obèses, soit au total 17 % - Etude ESTEBAN 2014-2016 – Santé Publique France.
4 -“Survey on European consumers” perception of foodstuffs labelling’ – Beuc – Septembre 2015.
5 -Les gourdes de compote « Pom’potes » portent le Nutri-Score « A » sur leur emballage.
6 -Les données exigées, notamment le numéro de carte d’identité ou de passeport, le sont en raison de la législation sur l’ICE et sont collectées sur le site sécurisé de la Commission Européenne.
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Alimentation: Le bio progresse dans la restauration collective
Il y a un an, l’article 24 de la loi Égalim stipulait qu’à compter du 1er janvier 2022, la restauration collective devrait proposer au moins 20 % d’aliments issus de l’agriculture biologique ou de production en conversion vers le bio (depuis au moins un an).

Où en est-on à presque deux ans de cette date butoir ? Selon le nouveau rapport de l’Agence Bio (organisme public en charge du développement et de la promotion de l’agriculture biologique), les cantines privées comme publiques semblent avancer dans la bonne direction, le marché du bio ayant connu dans ce secteur une croissance de 28 % en un an, plus forte que celle au sein des foyers. Mais la route reste longue car le bio ne représente toujours, en part de marché, que 4,5 % de la restauration collective.

La restauration scolaire montre l’exemple

De nombreux secteurs d’activité sont concernés par la réforme et tous ne montrent pas le même élan face au changement. Selon l’enquête menée par l’Agence Bio auprès de 1 040 établissements privés et publics de tous les secteurs, la restauration scolaire fait office de bon élève. 86 % des cantines scolaires interrogées ont en effet commencé à introduire des aliments bio contre seulement 38 % des établissements de santé et à vocation sociale. Tous secteurs confondus, les établissements publics font mieux que le privé (78 % contre 65 %).

Parmi les cantines qui jouent d’ores et déjà le jeu, 64 % proposent des plats totalement bio mais seuls 34 % sont en capacité de composer des menus entiers, labélisés de l’entrée au dessert. Car à y regarder de plus près, l’offre concerne en premier lieu les fruits et légumes et, dans une moindre mesure, les produits laitiers. Les produits carnés et le pain arrivent nettement en retrait. À titre d’exemple, pour la filière de la viande bio (hors volaille) les supermarchés représentent 55 % des débouchés quand à peine 6 % de la production est destinée à la restauration hors domicile (collective et commerciale).

Enfin, 81 % des établissements interrogés précisent que le bio a engendré un surcoût dans l’achat des matières premières, estimé à environ 20 %. Ce frein économique est le premier évoqué par les établissements réfractaires à introduire du bio dans leurs menus. Pourtant, des solutions existent pour limiter le problème, estime Philippe Henry, président de l’Agence Bio : « Beaucoup d’établissements ont mis en place des stratégies telles que limiter le gaspillage, acheter davantage de produits bruts ou encore repenser les menus en introduisant des plats végétariens ou revoir les portions au sein des menus en augmentant le végétal par rapport aux produits carnés, plus chers ». Précisons que près de la moitié des établissements déclarant un surcoût le lissent sur l’ensemble des repas, bio ou non, sans répercussion sur le prix des repas pour les convives.

La restauration commerciale toujours à la traîne

En revanche, du côté de la restauration commerciale, pas concernée par la loi Égalim, le bio peine toujours à se faire une place avec une part de marché d’à peine 2,6 % et une croissance deux fois moindre que dans la restauration collective. Afin de changer quelque peu la donne, un nouveau cahier des charges de la restauration commerciale bio a été validé par l’Inao (Institut national de l'origine et de la qualité) fin 2018 (voir encadré) et sera mis en place en janvier 2020. Mais, si selon le rapport de l’Agence Bio, 45 % des restaurateurs estiment que leur achats en bio vont augmenter l’an prochain, pour l’heure il ne s’agit que de vœux pieux.

Bientôt des restaurants estampillés AB

Si la réglementation de l’agriculture biologique est globalement régie à l’échelle européenne, la restauration commerciale fait exception. Elle est en effet soumise à un cahier des charges bio français (comme la culture des escargots, lapins, autruches et aliments pour animaux de compagnie). Alors que la certification ne concernait jusqu’à présent que des plats ou menus bio, il sera désormais possible de certifier un établissement. Avec trois niveaux de labélisation allant de 1 pour les restaurants ayant de 50 % à 75 % d’ingrédients biologiques en valeur d’achat à 3 pour ceux en ayant plus de 95 %. Une fois certifié, l’établissement pourra apposer sur sa devanture le logo français AB suivi du pourcentage de la catégorie auquel il appartient.

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Marie-Noëlle Delaby


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Qualité sanitaire des aliments: La baisse des contrôles officiels menace la sécurité des consommateurs
Alors que les scandales sanitaires se succèdent désormais à un rythme effréné (lasagnes à la viande de cheval en 2013, décès dus à la salmonelle dans des fromages au lait cru en 2015 et en 2016, œufs contaminés au fipronil en 2017, affaire Lactalis en 2017 et 2018, puis viande de bœuf avariée de Pologne en 2019), les consommateurs peuvent de moins en moins compter sur la vigilance des autorités. C’est le constat que dresse le BEUC, sur la base d’une étude réalisée dans 12 pays de l’Union, qui montre que la réduction drastique des effectifs des services de contrôle observée dans un grand nombre d’Etats membres, ainsi qu’une réglementation trop laxiste sur certains points, fragilisent le dispositif censé garantir la sécurité des aliments.

Une baisse de près d’un quart des contrôles sanitaires dans l’alimentation

Comme la majorité des Etats européens, la France a fortement diminué les effectifs des services de contrôle dans l’objectif de réduire la dépense publique. Ainsi, les politiques d’économies menées dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) en 2007 et de la Modernisation de l'action publique (MAP) en 2012, ont eu pour effet de faire baisser de 11 % le nombre de contrôleurs dépendant du Ministère de l’Agriculture(3) et de 20 % ceux de la répression des fraudes entre 2005 et 2012. Ni les semonces répétées de la Cour des comptes(4), ni la succession des scandales alimentaires n’ont inversé la tendance, et ces services subissent aujourd’hui un sous-effectif chronique, qui les empêche de mener à bien leurs missions. Le nombre de contrôles réalisés chez les professionnels de l’alimentaire a baissé de 24 % entre 2011 et 2016, à telle enseigne que les restaurants ne sont plus contrôlés que tous les quinze ans en moyenne. Alors que l’organisation sanitaire de la France constituait autrefois un modèle, celle-ci fait maintenant partie des lanternes rouges. Le dernier rapport de l’agence européenne de sécurité des aliments sur la présence de pesticides dans les aliments(5) montre par exemple que sur les 30 pays analysés (UE + Norvège et Islande) la France arrive en 25e position sur le nombre de contrôles réalisés rapportés à la population.

Les règles d’hygiène de moins en moins respectées par les professionnels

On observe parallèlement, une dégradation de l’hygiène chez les professionnels dans tous les secteurs : entre 2013 et 2017 le taux d’anomalies relevé en France lors des contrôles est passé de 42 % à 49 %. Des entorses aux règles d’hygiène sont ainsi constatée dans 28 % des abattoirs et des ateliers de découpe, dans 38 % de cantines et même dans 57 % des petits commerces alimentaires (restaurants, pâtisseries, traiteurs…). Il est vrai que les suites données aux non-conformités sont peu fréquentes et insuffisamment dissuasives. Ainsi, en 2008, 5 ans avant le scandale de la viande de cheval, une inspection réalisée dans les établissements Spanghero qui faisait pourtant état de non-conformités majeures telles que l’absence de dates limites, n’avait alors entraîné qu’un simple avertissement !

La libre circulation bien mal contrôlée des aliments à travers l’Europe

Une conséquence trop peu connue du principe de libre circulation des marchandises en Europe est qu’il limite fortement la capacité des Etats-membres à contrôler les aliments provenant d’autres pays de l’Union lors de leur arrivée sur le territoire national. Pourtant, les quelques cas où les autorités sont autorisées à réaliser ces contrôles révèlent que les règles d’hygiène sont tout aussi mal respectées dans les autres pays de l’Union. Les services français ont ainsi relevé pour la période 2010-2011, 17 % d’infractions dans les lots de viandes fraîches, 21 % dans les produits laitiers et 25 % dans les produits transformés à base de viande.

Au vu des dangers que fait courir aux consommateurs l’affaiblissement délibéré des politiques sanitaires françaises et européennes, l’UFC-Que Choisir demande :

Au Gouvernement français :

- Un financement du renforcement des effectifs des services officiels dans le cadre du projet de loi de finances et un recentrage de leurs missions prioritaires pour que ceux-ci soient en mesure d’assurer pleinement leurs fonctions de contrôle ;
- La mise en place de sanctions réellement dissuasives pour les professionnels enfreignant les règles d’hygiène ;
- Un affichage obligatoire des résultats des contrôles sanitaires à l’entrée des commerces alimentaires ;
- Le changement de pratique des services de contrôle dans la rédaction de leurs rapports afin que les entreprises en infraction y soient clairement désignées ;

Aux autorités européennes :

- La réalisation d’évaluations régulières publiques des Etats-membres sur leurs obligations en matière sanitaire et l’application de sanctions en cas de manquements à ces obligations ;
- La création d’une police sanitaire européenne habilitée à réaliser des contrôles sur tout le territoire de l’Union.


Notes:

1 Rapport du BEUC.
2 Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et direction générale de l’alimentation (DGAL).
3 Dépêche AFP et communiqué de presse du Syndicat National des Inspecteurs en Santé publique Vétérinaire - janvier 2018.
4 Référé de la Cour des Comptes au Ministère de l’économie et des finances et au Garde des Sceaux, Ministre de la justice – 18 décembre 2017 ; Rapport public annuel 2019 – Cour des Comptes – Février 2019.
5 The 2017 European Union report on pesticide residues in food European Food Safety Authority (EFSA) – Mai 2017 - Nombre de tests sur les pesticides exprimés pour 100 000 habitants.
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Loi Alimentation Un chèque en blanc à la distribution de 1,6 milliard d’euros
Relèvement du SRP : un chèque en blanc de 1,6 milliard à la distribution !

Alors que les représentants de la grande distribution prétendent désormais que le relèvement du SRP n’aurait causé aucune inflation1, l’UFC-Que Choisir démontre au contraire que cette mesure a bel et bien déclenché une flambée des prix alimentaires. Sur la base d’une étude de prix réalisée sur la totalité des magasins des grandes enseignes2, il apparaît que les prix alimentaires ont subi lors de l’entrée en vigueur de la mesure (1er février 2019) une brutale augmentation de + 0,83 % en un mois seulement, plus particulièrement marquée dans les hypermarchés et sur les produits de grandes marques. Alors que la facture des ménages en alimentaire s’élève à 95 milliards d’euros par an, le relèvement du SRP se traduira par une hausse de 1,6 milliard d’euros.

Exemples de produits particulièrement touchés par l’inflation



Les promesses envolées de modération des marges

En contrepartie de la hausse du SRP qui leur a été accordée, les industriels et la grande distribution s’étaient engagés en 2017 à modérer leurs marges, afin que les prix consentis aux agriculteurs soient plus rémunérateurs. Mais notre analyse des données officielles3 sur le lait de consommation, la viande bovine et les filets de poulet montre que cette promesse n’a pas été tenue. Par exemple, pour le lait UHT, alors que depuis 2017 le prix revenant à l’éleveur a diminué de 5 %, la marge des distributeurs a au contraire augmenté de 8 %. Résultat : alors que le prix agricole a diminué, les consommateurs paient maintenant le lait 4 % plus cher. Dans le cas de la viande bovine et du poulet, si les prix agricoles ont pu bénéficier d’une légère augmentation, celle-ci est loin de rattraper les baisses subies avant 2017. Loin du « ruissellement » promis, les marges de l’industrie et de la distribution ont encore progressé plus fortement que les prix agricoles, entrainant une inflation supplémentaire injustifiée pour les consommateurs.

Des prix agricoles toujours en-dessous des prix de revient

Le deuxième engagement majeur formulé à Rungis était de rééquilibrer les négociations commerciales en partant des prix de revient. La Confédération Paysanne a constaté sur le terrain qu’à rebours de ces promesses, les prix de revient calculés par les organisations de producteurs n'ont jamais été pris en compte par la distribution ou l’industrie. Les producteurs ont subi au contraire un durcissement des négociations qui se traduit pour certaines productions par des prix d’achat encore en-dessous des prix de revient. Ainsi, le lait de vache est acheté 15 % en dessous du prix de production et la viande 14 %. En fruits et légumes, la grande distribution, profitant de la concurrence avec les productions importées bien moins cher, impose des tarifs inférieurs de 8 % au prix de revient pour les abricots, de 9 % pour les pêches blanches et de 3 % pour les tomates rondes bio4. Comment s’étonner de cette absence de rééquilibrage sachant que l’Etat ferme les yeux sur la vérité des négociations commerciales !

Ayant fait la démonstration que le relèvement du SRP n’est in fine qu’un cadeau à la grande distribution, en raison de la persistance de ses pratiques lors des négociations commerciales, la Confédération Paysanne et l’UFC-Que Choisir affirment qu’il est malgré tout possible de garantir des prix rémunérateurs aux agriculteurs tout en permettant une amélioration de la qualité de l’offre alimentaire au prix juste. A cet effet, les deux organisations demandent au Gouvernement :

- L’abandon immédiat du relèvement du seuil de revente à perte ;
- La transparence totale sur les marges des industriels et des enseignes de la grande distribution par la publication des niveaux de marges nettes réalisées par chacun ;
- La mise en œuvre effective du rééquilibrage des négociations commerciales, par la publication des conditions de négociation, par des contrôles officiels et l’application de sanctions dissuasives en cas de non-respect de la loi et de prix producteurs en-dessous du prix de revient ;
- Un dispositif pour déterminer des prix agricoles rémunérateurs prenant en compte les efforts de montée en gamme des exploitants, sur la base de critères notamment sanitaires, environnementaux et nutritionnels.



Lire l'Ă©tude:

Prix agricoles en berne et inflation en rayon

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Au nom de la terre: Des pistes pour améliorer le sort des paysans
Avec son gigantisme, ses fermes-usines et sa déconnexion d’avec la nature, l’agriculture américaine fait aujourd’hui figure d’exemple à ne pas suivre. Il y a quarante ans, de nombreux agriculteurs la regardaient au contraire avec admiration, enviant sa productivité et sa modernité. C’est le cas du personnage central du film Au nom de la terre, réalisé par Édouard Bergeon et sorti le 25 septembre. « Pierre », incarné par l’acteur Guillaume Canet, a vraiment existé puisque son histoire est celle du père du réalisateur. Le film revêt donc un aspect documentaire et met en lumière de façon réaliste les difficultés du métier d’agriculteur et les impasses dans lesquelles beaucoup se sont enferrés à partir des années 1980.

Pierre, donc, revient d’un séjour aux États-Unis, dans le Wyoming, où il a travaillé pour une exploitation engraissant 10 000 bêtes. Nous sommes au milieu des années 70. Plein d’espoir, il reprend la ferme de son père et élève des chevreaux en intégration. Un système très répandu encore aujourd’hui (70 % de la production de volailles, 40 % des élevages de porcs), où un industriel fournit à l’agriculteur les animaux tout juste nés et leur nourriture puis les récupère une fois engraissés à un prix très peu rémunérateur qu’il fixe à son gré. Vingt ans plus tard, dans l’espoir de dégager enfin un revenu décent, l’agriculteur décide d’agrandir son exploitation pour élever 20 000 poulets, en plus de ses 2 000 chevreaux. C’est dans l’air du temps, coopératives et chambres d’agriculture promeuvent de concert ce modèle productiviste, ce qui incite les banques à accorder des prêts déraisonnables. Dès lors, la spirale du surendettement conjuguée à d’autres aléas précipite le chef d’exploitation dans la dépression. Il finit par se suicider, comme le fait un chef d’exploitation chaque jour, selon les chiffres de la Mutualité sociale agricole (12,6 % de surmortalité par suicide par rapport à la moyenne nationale). On sort de ce film un peu sonné en se demandant si, via nos choix en tant que consommateurs, nous pouvons éviter de promouvoir ce type de modèle.

Les produits sous label aussi concernés

S’assurer que le producteur soit correctement rémunéré n’est pas simple et si quelques initiatives en ce sens existent, à l’instar de C’est qui le patron, elles sont pour l’instant limitées. Quant au système en intégration, qui rend les paysans dépendants et corvéables à merci, il n’est pas cantonné aux produits bas de gamme comme les poulets élevés en 35 jours que l’on voit entassés sous un hangar dans le film. Les produits sous label peuvent aussi venir d’exploitations en intégration, s’y cantonner n’est donc pas une garantie de « bien-être paysan ».

Pierre se suicide en avalant des pesticides. Faut-il y voir un geste symbolique contre l’agriculture intensive dépendante aux intrants chimiques ? S’orienter vers les produits bio contribuerait-il à améliorer le sort des agriculteurs ? Pas automatiquement, selon Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne. « L’agriculture biologique est intéressante bien sûr, il est évident qu’il faut aller dans cette direction, produire de manière plus durable. Mais ce qui nous fait peur, c’est l’idée qu’il va falloir répondre immédiatement à une demande exponentielle. Il y a un risque réel d’industrialisation de l’agriculture bio, il ne faudrait pas commettre la même erreur qu’avec le conventionnel dans les années 80. Si c’est pour continuer à produire plus pour moins cher, ce n’est pas une solution. » Et de pointer des « attentes des consommateurs contradictoires ». De fait, nous sommes de plus en plus exigeants sur la qualité de nos aliments sans forcément accepter d’y mettre le prix. La part de l’alimentation dans le budget des ménages a baissé de 35 % en 1960 à 20 % aujourd’hui et la sensibilité au prix pour les produits alimentaires n’a jamais été aussi élevée, ce qui n’est pas le cas dans le domaine des loisirs, de l’habillement, ou encore des équipements électroniques.

Privilégier les produits bruts et les circuits courts

« Nos adhérents se retrouvent aussi très bien dans ce que montre le film de la perte de sens que certains paysans ressentent, poursuit Nicolas Girod. Produire des choses dont on ne sait pas où elles vont aller et qui elles vont nourrir participe à leur désarroi. Mais ils ne savent pas comment sortir de ce schéma. Des régions entières se sont organisées pour fournir des matières premières pas chères et en grande quantité pour l’exportation et l’approvisionnement de l’agroalimentaire. Il faut complètement changer de politique agricole pour permettre de relocaliser, moins transformer, consommer sur place. » S’ils veulent encourager cette évolution, les consommateurs devraient opter pour davantage de produits bruts et cuisiner eux-mêmes mais aussi, bien sûr, s’orienter vers les circuits courts. Nos différentes enquêtes le montrent, c’est un modèle en général satisfaisant pour tout le monde. Et si les habitants de certaines régions sont plus gâtés que d’autres en offres locales, des initiatives fleurissent partout, qui permettent de renouer le lien entre les consommateurs et ceux qui les nourrissent.

Même pour les achats hors circuits courts, cette relocalisation, au moins à l’échelle du pays, correspond à une demande sociétale. Pour prendre l’exemple du poulet, puisque c’est celui dont il est question dans le film, 90 % des achats en grande distribution concernent des produits français. Mais lorsque la volaille est introduite dans des produits transformés type plats cuisinés ou servie en restauration collective (cantine, restaurants, snacking), la tendance est inverse. Le consommateur n’étant alors pas informé (1), la tentation est grande d’utiliser du poulet élevé on ne sait où et dans quelles conditions, pour rogner sur les coûts. Un étiquetage de l’origine de toutes les viandes, voire de toutes les matières premières principales, quelle que soit l’occasion de consommation permettrait un choix plus éclairé et pourrait sans doute contribuer à la relocalisation.

(1) Il existe une obligation d’étiquetage de l’origine pour les viandes introduites dans les produits transformés mais elle souffre de plusieurs exceptions et ne concerne pas la restauration et le snacking.
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Fabienne Maleysson


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Produits bio: Trop souvent ultratransformés !
Une alimentation bio qui se démocratise, enfin à la portée du plus grand nombre… Ce souhait légitime mais pas simple à exaucer est aujourd’hui repris à l’état de slogan par les acteurs de la grande distribution et l’industrie agro-alimentaire. Mais gare à ne pas en dévoyer le sens quand l’éventail de choix en produits bio ne cesse de s’élargir, pas forcément au profit de produits plus sains ! Tandis que fleurissent dans nos rayons les barres chocolatées, fromages en portion et autres purées en flocons estampillés AB, nous sommes en droit de nous demander si la promesse d’« un bio accessible à tous » n’est pas en train de s’éventer au profit d’un bio accessible à tout et n’importe quoi… Et en premier lieu aux produits ultratransformés, un terme qui qualifie les aliments impliquant des procédés industriels sans équivalent domestique, intégrant souvent 5 ingrédients ou plus, dont des ingrédients raffinés ainsi que des additifs ou arômes, non indispensables ou d’usage cosmétique.

La consommation d’aliments ultratransformés grimpe en flèche

Au cours de ces dernières décennies, au gré de l’évolution des habitudes alimentaires, leur consommation a sensiblement augmenté pour contribuer aujourd’hui à plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux selon l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Et ce phénomène n’épargne pas le bio, le logo AB étant de plus en plus présent sur des produits industriels aux recettes loin d’être simples ou irréprochables d’un point de vue nutritionnel, ce que concède Pierrick de Ronne, président de Biocoop, réseau de magasins bio présent depuis plus de 30 ans en France : « Foncièrement, le bio ne protège pas du fait de mal manger. La pâte à tartiner même bio n’est pas le meilleur des produits, mais le client en demande. Avant, Biocoop faisait le choix pour le consommateur [en ne proposant pas d’aliments ultratransformés]. Aujourd’hui, nous devons proposer de tout. Mais nous proposons plus de produits transformés qu’ultratransformés. Ces produits ne seront pas notre fonds de commerce, mais on en propose un peu : il faut que les gens s’y retrouvent. »

Et sur ce plan, les forts consommateurs de bio ne semblent pas se distinguer des autres, selon l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren) de Bobigny (93), qui explore les liens entre nos habitudes alimentaires et notre santé. « Lors de nos travaux sur la cohorte BioNutriNet, un groupe de patients volontaires qui réunit 69 000 adultes selon leur fréquence de consommation de bio, nous avons constaté que les plus forts consommateurs de bio avaient dans leur régime un taux de produits ultratransformés équivalent aux autres groupes », explique Mathilde Touvier, responsable de l’Eren.

Trop de produits bio mal notés par les logos nutritionnels

Certes, le cahier des charges bio restreint le nombre d’additifs utilisables dans les produits alimentaires à une petite cinquantaine contre plus de 300 en conventionnel. Mais un rapide tour en grande surface permet de constater que bio et ultratransformé font tout de même la paire pour nombre de produits : des yaourts aux fruits agrémentés d’amidon de maïs et de pectine pour en améliorer la texture et d’arôme naturel pour renforcer la flaveur, de la mayonnaise épaissie et acidifiée à l’aide d’additifs mais également aromatisée, des soupes à la tomate lyophilisées ou encore des gaufres au miel qui contiennent des additifs, du sirop de sucre inverti et du sirop de blé (des sucres à l’index glycémique plus élevé que le saccharose et donc plus vite assimilés, car ils contiennent du glucose libre).

Outre un profil nutritionnel médiocre (un Nutri-Score C ou D), tous ces produits bio sont également ultratransformés et par conséquent classés 4 sur l’échelle Nova (lire encadré). Des études épidémiologiques récentes évoquent un lien possible entre la consommation d’aliments ultratransformés et un risque accru de dyslipidémie, de surpoids, d’hypertension artérielle, de cancer ou encore de symptômes dépressifs. Fin mai 2019, une étude publiée dans le British Medical Journal et menée par des chercheurs de l’Eren (2) sur plus de 100 000 sujets du groupe d’étude NutriNet a montré qu’une augmentation de 10 % de la part d’aliments ultratransformés dans le régime alimentaire (par exemple, en comparant deux individus consommant respectivement 15 % et 25 % de leurs aliments sous forme ultratransformée) était associée à une augmentation de 12 % du risque global de développer des maladies cardiovasculaires (soit, dans le détail, 13 % pour les maladies coronariennes et 11 % pour les maladies cérébro-vasculaires).

Côté santé, le mélange des genres est problématique

D’un côté, un régime riche en aliments bio semble avoir un effet bénéfique pour la santé, notamment vis-à-vis de certains types de cancer, mais de l’autre, des études montrent un lien tangible entre aliments ultratransformés et de nombreuses pathologies. Dès lors, comment faire la part des choses quand bio rime avec ultratransformé ?

Le sujet est complexe car ces études ne sont pas directement comparables entre elles. De plus, les travaux établissant un lien positif entre un régime riche en aliments bio et la santé n’ont pas, pour l’heure, investigué ce lien « aliment par aliment » mais pour un régime global qui contient donc des produits sains (fruits et légumes, légumineuses...) et d’autres suspectés de ne pas l’être, comme les aliments ultratransformés, notamment trop gras, salés ou sucrés.

De même, alors que la famille des aliments ultratransformés est vaste, les études épidémiologiques sur leur impact sanitaire ne détaillent pas la responsabilité relative des différents facteurs possibles (procédés industriels, emplois d’additifs, présence de composés indésirables néoformés ou provenant des emballages et autres matériaux de contact, mauvais profil nutritionnel…).

Pour l’heure, les chercheurs vont donc devoir affiner dans un cas comme dans l’autre leur champ d’étude. Ce qui n’empêche pas l’État d’émettre des recommandations. Santé publique France invite ainsi à consommer au moins 20 % de produits bio, tandis que le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) souhaite réduire de 20 % la consommation d’aliments ultratransformés en France d’ici 2022. Mieux vaut donc privilégier les aliments bio et bruts, ou le moins transformés possible !

Qu’est-ce que la classification Nova ?

Outil créé par des chercheurs de l’université de Sao Paulo au Brésil en 2009, la classification Nova permet de catégoriser les aliments selon 4 groupes, en fonction de leur degré de transformation :

Groupe 1 : aliments peu ou pas transformés
Groupe 2 : ingrédients culinaires
Groupe 3 : aliments transformés
Groupe 4 : aliments ultratransformés

Le groupe des aliments ultratransformés comprend les aliments qui ont subi un haut degré de transformation par des procédés industriels (hydrogénation, hydrolyse, extrusion, prétraitement par friture) ou auxquels sont ajoutées des substances qui ne sont pas à disposition des consommateurs dans les commerces alimentaires, comme des huiles hydrogénées, des amidons modifiés, des additifs (colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants…). Ainsi les viandes rouges ou blanches, uniquement salées, sont considérées comme des aliments transformés (Nova 3) tandis que d’autres préparations comme les viandes fumées ou certaines charcuteries (saucisses ou jambon avec des nitrites) sont classées comme ultratransformées (Nova 4). De même, les soupes liquides préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont généralement considérées comme des aliments transformés alors que les soupes déshydratées sont classées comme aliments ultratransformés.



UFC Que Choisir en ligne
Marie-Noëlle Delaby


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